L’huile d’argan qui provient de l’arganier; est un arbre à part, paradoxal, sur lequel courent toutes sortes d’histoires, de rumeurs. On le dit protège des sentiments variés et souvent extrêmes, de l’absolue dévotion au pur intérêt utilitaire et marchand. L’huile d’argan ou bien l’arganier est un arbre qui ne laisse pas indifférent.

De lui même, il donne tout, jusqu’au précieux nectar de ses amandons. Mais il ne se donne pas pas au premier venu. Un oeil étranger distingue mal l’arganier des thuyas. des oliviers sauvages, des genévriers, des amandiers qui couvrent les plaines et les vallons ocres du sud-ouest marocain.

L’arbre (huile d’argan) a un secret. Du moins pour l’écrivain Tahr Ben Jelloun qui fait dire à l’un des personnages de son roman  Les yeux baissés:  » C’est tout petit arbre qui donne un fruit aussi gros qu’une olive. Pour nous autres, les Berbères, cet arbre est celui de nos ancêtres. Il ne pousse nulle part ailleurs. Il n’est pas beau, c’est cela son secret. »

L’arganier sauvage qui procure de l’huile d’argan ne pousse qu’au Maroc, à quelques exceptions près. Vue d’avion, l’arganeraie est un triangle de vingt millions de l’arganier, soit 70% des forêts, couvrant 800 000 hectares. Elle se déploie de Safi au nord à la frange saharienne au sud, des embouchures des Oueds Tensift au nord au Souss du Sud, de Mogador au nord, à Agadir au sud, des versants de l’Anti-Atlas au nord, aux versantes ensoleillés du haut Atlas (jusqu’à 1500 mètres) au sud. A l’exception des Chiadma au nord d’Essaouira d’origine arabe, cette région est celle des différentes dynasties berbères, descendantes des Almohades ». Pour eux, l’arganier est tout simplement l’arbre  » béni des dieux ».

La forêt est clairsemée, un hectare comportant entre cent cinquante et trois cents souches. Les Arganiers grandissent à distance les uns des autres. Avec une nette tendances à rester entre eux. Les berbères disent qu’ils rejettent les autres espèces d’arbres. Parce qu’il pousse, sauvage, où il veut et quand il veut, les gens de la liberté. Les nombreuses tentatives de transplantation ont échoué. Récemment et pour la première fois, Israël a réussi. Nul ne sait exactement pourquoi cet arbre ne pousse qu’ici. On dit que la terre et le climat semi-aride lui conviennent. L’arbre exige peu d’eau. Il ne pleut que trente à cinquante jours par an du côté d’Agadir et de Safi, et quinze jours à un mois par an sud du Souss. L’eau qui manque, ses immenses racines ( cinq fois la fois la partie aérienne ) vont la puiser profond sous la terre. Et il sait se rafraîchir de toutes ces brumes, brouillards et rosées matinales engendrés par le climat océanique. Les courants froids venus des canaries  » finissent par saturer  » l’air de l’humidité bénéfique.

Les vents chauds et secs, chergui  et sirocco soufflent en moyenne de quatorze jours à un mois par an, parfois avec une grande violence. De même, les températures atteignent parfois des extrêmes, plus de 50° dans la région de Taroudant et la plaine du Souss, moins de 0° dans les montagnes. A condition que ces excès soient brefs, l’argane les supporte. On dit que c’est sorti indemne des grandes glaciations, se retirant pour simplement se regrouper sur un territoire moindre.

L’arganier est aussi résistant que le gingko, apparu sur Terre il y a 250 millions d’années. Ce n’est pas peu dire: le gingko est le seul arbre à avoir survécu au souffle nucléaire  d’Hiroshima.